30.08.2010
Pouce !
EDIT 6/10: Y'avait une note à cet endroit mais c'était chiant, je l'ai virée. Ca disait, en gros: j'arrête pour l'instant, à plus !
20:17 Écrit par Piéton | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
|
29.08.2010
J'ai la patate
C'était dimanche soir, je suis sorti de chez moi in extremis, comme on saute d'un navire qui s'enfonce: deux minutes de plus au fond de mon canap' et je me noyais. Une fois de plus.
Ca ne t'arrive jamais à toi, de scotcher devant un écran sans savoir pourquoi, révulsé devant l'indignité de ce que tu regardes mais sans oser rien faire pour t'en échapper, parce que tu veux croire qu'il va se passer un truc, que ça va valoir le coup? Ou de bouffer du nutella sans vraie satisfaction, mais sans pouvoir t'arrêter parce qu'il te semble toujours que la bouchée suivante sera celle qui résoudra quelque chose, alors que tu n'y gagnes chaque fois qu'une sensation accrue de souillure et de dégradation? Ou de dire « je t'aime » à quelqu'un dont la présence ne te procure plus aucun plaisir depuis longtemps, mais dont tu redoutes le vide qu'il/elle pourrait laisser en partant? Ou d'allumer une clope qui te dégoûte d'avance, just 'cause it seems easier than just a-waitin' 'round to die, comme disait l'autre?
Moi ça m'arrive. Pas tout à la fois, hein. Je dis pas « je t'aime » en regardant « Le bonheur est dans le pré » avec une clope au bord des lèvres et du nutella plein la bouche. Mais, si je ne pratique pas la gamme complète des petites lâchetés quotidiennes, j'en maîtrise quand même quelques unes...
Pourquoi on perd notre temps comme ça? Tu sais, toi? Moi je crois qu'on se remplit désespérément de stimulations extérieures, de choses et de gens parce qu'on a les pétoches de voir ce qu'on a laissé moisir dedans nous, depuis le temps qu'on y a pas jeté un œil. Et quand on se retrouve seul et sans distraction, c'est comme si la vie nous foutait le nez dedans.
Mais il FAUT regarder, en fait. Il y a pas de quoi avoir peur. Il faut arrêter de glander, de gober n'importe quel divertissement frelaté marinant dans un jus saumâtre de mauvaise conscience. Moi, quand je sens que je vais me faire avoir, je saute dans mes pompes et je prends l'air, comme ce dimanche soir. C'était bien parce que la ville était calme, et j'étais presque nu: pas de téléphone, pas de portefeuille, pas de veste. Pouvoir d'achat zéro, rien pour me distraire. J'étais transparent aussi, et tout en marchant je regardais à l'intérieur de moi.
Ce qui fait que je peux te révéler, lecteur ébahi, lectrice émue, ce que je planque en-dedans. Alors, voilà:
J'ai une patate. Une simple petite patate, logée sous le sternum, qui n'est gênante en rien sinon qu'elle réduit un peu l'amplitude de ma respiration. On se connait bien, elle et moi. Si je suis triste, ou contrarié, ou nerveux, tu ne le verras jamais: c'est parce que ma patate prendra tout ça sur elle et grossira un peu, et mon souffle sera imperceptiblement plus court, mais pour toi je serai toujours aussi calme qu'à l'ordinaire et tu ne devineras rien. Une patate, ça sert à mentir. Me blâme pas, toi aussi tu en as une: tout le monde. Certaines encaissent plus que d'autres. La mienne est une championne.
Seulement ça demande un peu d'hygiène, une patate, elle peut pas grossir indéfiniment. Il faut parfois qu'elle dégonfle et tu seras bien obligé de mettre un peu le nez dans ce qu'elle renferme, sans quoi elle prendra racine jusqu'au cœur.
Cette fois là je me suis concentré sur le battement de mes pas et sur mon souffle, j'ai pris une grande inspiration. Je crois que je ne pensais à rien.
Alors ma patate à commencé doucement d'infuser dans ma poitrine, comme un sachet de thé. À mesure qu'elle se rétractait je sentais s'en libérer le suc, j'en percevais en moi les premières volutes comme il s'en échappe du sachet qu'on plonge dans la tasse d'eau chaude, avant que le breuvage prenne une teinte uniforme. Quand ça a été le cas, j'en ai reconnu le goût: cette note douce-amère, c'était de la mélancolie.
C'était toutes les fois où je me suis senti faible, fragile, perdu. Celles où j'ai cru qu'il fallait mentir, gonfler la poitrine pour donner le change, qu'on m'aime et que je sois moins seul; et celles où je me suis senti tellement seul d'avoir trop bien fait illusion, d'être toujours sous la menace du moment où les masques tombent.
Ce dimanche là j'avais envie de pleurer en riant, de prendre quelqu'un dans mes bras et de lui dire que tout va bien. Que tout ça n'a jamais été très important parce que la beauté du monde n'est pas tributaire de nous, qu'elle nous dépasse et, quoiqu'il arrive, nous intègre.
Tu vois, c'est rien de grave. C'est un peu triste, mais c'est bon aussi de pouvoir respirer vraiment. C'est bon de pouvoir enfin éprouver un peu d'indulgence pour soi-même et pour les autres, de rire de soi comme on rit tendrement d'un gamin qui essaie tellement de bien faire, mais qui est si maladroit.
J'en étais là, la larme à l'oeil et le sourire aux lèvres, pris dans une sorte d'étreinte cosmique si intense que je m'attendais à croiser la Vierge à chaque coin de rue. Mais c'était pas la Vierge. C'était un bon copain, qui est descendu de son biclou.
- « Ca va?, il m'a dit en souriant.
-Oui. J'ai... J'ai la patate », que j'ai répondu, dans un murmure ému.
-Eh ben on dirait pas. T'es sûr que ça va? »
Un bon copain, mais un peu lourd des fois.
- « Mais non mais tu comprends pas. Pas la patate, genre la pêche; tu sais, l'autre... »
Et puis j'ai choisi d'user du privilège essentiel d'un bon copain, qui est qu'on peut marcher à côté de lui sans rien dire. Quand il a ouvert la bouche, j'ai soufflé: « chut! »
…
(chute).
21:00 Écrit par Piéton dans Grande Randonnée | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
|
26.08.2010
Georges
Pour la note de dimanche dernier, histoire de rigoler un peu, j'ai cherché des chatons clignotants sur le net.
Et je me suis rendu compte d'un truc, dis-donc: les gifs animés ont pratiquement disparu !! Tu sais, les gifs animés, c'était par exemple ça:

Et c'est fou parce qu'il y a encore 10 ans, ça grouillait de partout, il y en avait plein les pages du moindre site perso (y avait pas encore les blogs) et même des sites pros. C'était bien les gifs animés, c'était facile à faire. Ca clignotait, ça dansait, ça scintillait: c'était gai, quoi. Comme une boum de camping. Convivial comme une queue-leu-leu.
Bon, pour être honnête, c'était même un poil TROP facile à faire. Du coup, tous les Bébert et toutes les Zézette du monde s'en donnaient à coeur joie et répandaient sur la toile des créations d'un goût... discutable. Au mieux, c'était « joli » comme un napperon ou comme un canevas suspendu au mur de la salle à manger, genre: « Biche s'abreuvant au sous-bois ». Mais souvent c'était un clignotement furax, criminel, une animation hachée qui te laissait au bord de la crise d'épilepsie. Et parfois c'était... un peu graveleux, quoi. Une sorte d'érotisme déliquescent de quarantenaire lubrique et chafouin.
Mais quand même, tu te rends compte du patrimoine qui disparaît ? C'est toute l'enfance du net qu'on bazarde, ce sont les jouets de nos premières années d'internaute qu'on fout à la benne. Et personne ne dit rien? Mais que fait la justice? Que font nos hommes politiques? Rien, ou presque. Pendant que les députés légifèrent, laids, déboutés, les gifs errent.
(Pardon, c'est lamentable. Je m'excuse)
T'sais, dans Toy Story 3 (qu'il faut que tu ailles voir, parce que c'est salvateur de regarder un film pareil cerné de gamins heureux qui se bidonnent comment des tordus), dans Toy Story 3 disais-je, les jouets veulent qu'on les fasse jouer une dernière fois avant d'être définitivement remisés au grenier. Qu'on se raconte une dernière histoire avec eux.
Alors tu sais quoi? On va faire pareil avec les Gif. Mais on va faire ce qu'on peut, hein. Ça commence.


Georges, le cuisinier, avait un problème de drogue.
C'était pourtant le meilleur cuisinier de Melun, et tout le monde l'appréciait. Son museau de porc à la cerise était fameux. Sa biscotte de seigle gratinée au camembert fondu était particulièrement appréciée.

"Mmmmm... Eh, Jojo! Tu m'en remets une?"
Mais ce qui, avant tout, faisait sa réputation, c'étaient ses incomparables crêpes suzette.
Il n'empêche que Georges avait un problème de drogue, et ce secret pesait lourd dans son coeur. N'allez pas croire que c'était un garçon léger, omnubilé par son plaisir: non, si Georges prenait des amphétamines, c'est qu'elle lui permettaient d'atteindre une célérité redoutable dans la confection des centaines de crêpes que tout Melun lui réclamait.

"Et hop ! hop! hop! hop!"
Et quel plaisir c'était que de voir l'admiration dans les yeux de la belle Adeline, la plongeuse, son rayon de soleil provençal, son amour secret !

"Comme tu vas vite, mon Jojo! Comme tu es adroit! Et ton nez... Tu sais ce qu'on dit des hommes à long nez?"
Jamais Georges n'aurait supporté de ralentir, de rouiller, de déchoir dans l'estime de sa chère Adeline. Alors ce soir, comme trop souvent, il se rendrait après le service au Macumba club pour y retrouver Magali, son âme damnée, une junkie à moitié folle qui lui fournissait ses précieuses pilules. On était jeudi soir, le soir de DJ Scoubidou: il sentait que la nuit serait furieuse...

DJ SCOUBIDOU mixant un beat de Thunderdome avec un sample de 2 Unlimited. La nuit est furieuse.
Il aperçut Magali sur le bord de la piste de danse: elle était agitée comme jamais, l'écume aux lèvres, secouant son corps frénétiquement au rythme de la musique et sous l'effet du speed.
.gif)
"EEEEEEEEEEEEEEH MAIS C'EST GEOOOOOOOORGES ! EEEEEEEEH, LES GARS, C'EST GEORGES !"
Georges répugnait à la voir dans cet état; d'un autre côté, il brûlait d'envie de sentir en lui cette énergie folle, cette assurance indestructible que lui offraient les amphétamines: alors, vite, il paya, ouvrit le sachet et ingurgita à sec 5 ou 6 comprimés. Le simple fait de les savoir dans son corps le détendit un peu et dans l'attente des premiers effets, il jeta un regard autour de lui.
Et il la vit. Adeline. Elle était là, dansant comme une enfant, fraîche, innocente. Ses gestes étaient purs et la façon dont elle bougeait son corps exprimait une joie simple, naïve, exempte de vice: elle incarnait l'innocence et le bonheur d'être vivant. Georges se dit que probablement, elle n'avait jamais connu d'homme. Il voulait être le premier.

Georges se dit que probablement, elle n'avait jamais connu d'homme.
Mais comment allait-il donc s'y prendre pour vaincre sa timidité? Il ingurgita une poignée supplémentaire de comprimés et s'avança vers elle. Cette fois il sentait cette force, cette euphorie qui montait, montait... qui commençait à le submerger... puis il sut que c'était trop, qu'il était allé trop loin. Quand il fut à deux pas d'Adeline, le sol se déroba sous lui et il s'écroula.

"Eh, Jojo! Ca va pas? Eh, les gars, y a Jojo qu'est bourré!"
Il se réveilla à l'hopital, dans les bras d'Adeline, son amour, qui veillait sur lui anxieusement; elle accueillit son réveil avec une intense expression de soulagement et déposa un baiser sur son front. Quand le docteur arriva, Georges sollicita un entretien particulier.

"Comment il va le monsieur? Il a bien pris sa température? Il est allé à la selle?"
Le médecin commença son examen par les questions habituelles relatives à sa température axillaire et à la qualité de sa production fécale, mais Georges coupa court et lui révéla tout de go son addiction. Il en profita même pour évoquer quelques soucis de tuyauterie qui l'inquiétaient un peu, rapport à Adeline.

"Des fois j'essaie et, han! J'peux pas"
Il fut vite rassuré par le toubib qui lui promit qu'une fois les affres de l'addiction passés, tout rentrerait dans l'ordre. L'homme lui proposa de rester à l'hôpital, le temps du sevrage; Georges, plus motivé que jamais, accepta.
Quand, 15 jours plus tard, il sortit, Adeline était là qui l'attendait, plus belle que jamais. Leurs retrouvailles furent enfievrées. Bien sûr, elle était un peu moins vierge que Georges se l'était imaginé, mais elle sut le rassurer:

"Oh, Georges! Jamais je n'ai connu un tel bonheur dans les bras d'un homme !"
Ils se marièrent et moururent du Sida, rapport à Adeline qui était très, très, très expérimentée.
Voilà, voilà.


"J'ai jamais rien lu d'aussi formidable !"
Merci, Orson. Tu exagères, mais merci.
(Dimanche, un post "normal")
09:55 Écrit par Piéton | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
|


